Parent tenant la main de son enfant dans un moment de connexion bienveillante malgré l'épuisement
Publié le 15 mars 2024

Être bienveillant quand on est épuisé n’est pas une question de patience, mais de stratégie neuro-compatible.

  • Le cerveau de l’enfant est biologiquement incapable de gérer seul ses émotions avant 5 ans, ce qui rend les crises inévitables.
  • La clé est la « co-régulation inversée » : le parent doit d’abord calmer son propre système nerveux pour pouvoir apaiser celui de l’enfant.

Recommandation : Adoptez des protocoles courts (moins de 2 minutes) pour vous auto-réguler avant d’intervenir, transformant les crises en opportunités de connexion.

« Ne crie pas. Reste calme. » Cette phrase, que des millions de parents se répètent chaque jour, sonne souvent comme le prélude à l’explosion. Vous adhérez aux principes de la parentalité positive, vous lisez sur le sujet, vous êtes convaincu(e) par la bienveillance. Mais dans la réalité crue du quotidien, face à un enfant en pleine crise alors que votre propre batterie est à plat, tous les bons principes s’envolent. La fatigue, le stress et la charge mentale créent un cocktail détonant où la culpabilité de « craquer » s’ajoute à l’épuisement.

Les conseils habituels comme « prendre du temps pour soi » ou « respirer un grand coup » paraissent dérisoires, voire culpabilisants, quand chaque minute est déjà comptée. On vous demande de puiser dans des réserves de patience que vous n’avez tout simplement plus. Et si le problème n’était pas votre manque de volonté, mais une approche fondamentalement inadaptée à votre état d’épuisement ? Si la clé n’était pas de s’efforcer d’être un parent parfait, mais de devenir un parent stratège ?

Cet article propose un changement de paradigme basé sur les neurosciences affectives. L’angle directeur n’est pas de vous demander plus, mais de vous équiper différemment. Nous allons explorer une approche de co-régulation inversée : apprendre à utiliser des protocoles concrets pour d’abord calmer votre propre cerveau submergé, afin de pouvoir ensuite accompagner celui, biologiquement immature, de votre enfant. Il ne s’agit pas de nier votre fatigue, mais de composer avec elle pour maintenir le cap d’une éducation respectueuse, pour votre enfant comme pour vous-même.

Pour naviguer cette approche pragmatique, nous allons décortiquer ensemble les mécanismes en jeu et les solutions concrètes qui en découlent. Cet article est structuré pour vous guider pas à pas, de la compréhension du cerveau de votre enfant à la gestion de votre propre épuisement.

Sommaire : Gérer les crises sans s’épuiser : le guide de la parentalité positive réaliste

Pourquoi le cerveau de votre enfant de 2 ans est incapable de gérer la frustration seul ?

Lorsqu’un enfant de 2, 3 ou même 4 ans se roule par terre pour un biscuit refusé, notre cerveau d’adulte peine à comprendre la démesure de la réaction. Nous interprétons cela comme un caprice, une manipulation ou un défi à notre autorité. La réalité, expliquée par les neurosciences, est beaucoup moins personnelle : son cerveau n’est tout simplement pas « câblé » pour faire autrement. La partie qui gère la logique, l’anticipation et la régulation des émotions, le cortex préfrontal, est encore en pleine construction. Il n’atteindra une maturité relative que bien plus tard.

En attendant, c’est son cerveau archaïque et émotionnel qui est aux commandes. Face à une frustration, il est submergé par des tempêtes émotionnelles qu’il ne peut ni contrôler, ni comprendre. Exiger de lui qu’il « se calme » ou « soit raisonnable » est aussi vain que de demander à un nourrisson de marcher. Comme le souligne la pédiatre Catherine Gueguen, spécialiste des neurosciences affectives : « Beaucoup d’adultes voudraient qu’un enfant de 2/3 ans soit aussi raisonnable qu’un adulte. Or l’enfant de cet âge-là est soumis à des tempêtes émotionnelles dû à l’immaturité biologique de son cerveau. »

Cette immaturité biologique n’est pas une excuse, mais une explication fondamentale. Elle nous invite à changer de posture : passer de celle de juge (qui sanctionne un comportement) à celle de coach (qui accompagne une incapacité). Les recherches confirment que, selon les neurosciences affectives, avant 5 à 6 ans, l’enfant dépend entièrement de l’adulte pour apprendre à réguler ses émotions. Chaque fois que nous l’aidons à traverser une crise avec calme, nous aidons littéralement son cerveau à construire les connexions neuronales qui lui permettront, un jour, de le faire seul.

Coin ou réparation : quelle méthode enseigne vraiment la responsabilité à l’enfant ?

Face à un comportement jugé inacceptable – un jouet jeté, un coup donné – le réflexe punitif du « coin » ou de l’isolement est encore très répandu. L’intention est souvent de faire « réfléchir » l’enfant. Or, les neurosciences nous montrent que cette pratique est contre-productive. Isoler un jeune enfant en pleine détresse émotionnelle ne fait qu’activer son système d’alarme interne, générant un stress toxique qui bloque toute capacité d’apprentissage. L’enfant ne réfléchit pas à son acte, il se sent abandonné, honteux et en insécurité. L’unique leçon qu’il en tire est : « Quand je vais mal, je suis seul. »

L’alternative constructive est la réparation. Il ne s’agit pas de laisser passer le comportement, mais de le recadrer tout en guidant l’enfant vers une action qui restaure le lien ou corrige le tort causé. Cette approche enseigne la véritable responsabilité : comprendre l’impact de ses actes sur les autres et apprendre à y remédier. De plus en plus de structures de la petite enfance en France, comme les crèches, abandonnent le coin pour des temps de retour au calme accompagnés, conscients que l’empathie de l’adulte est un moteur de maturation cérébrale, là où la punition isole et fragilise.

Votre plan d’action pour choisir la réparation

  1. Analyser la situation sans jugement : Décrivez factuellement ce qui s’est passé (« Je vois que le verre est cassé par terre ») au lieu d’accuser (« Qu’est-ce que tu as encore fait ? »).
  2. Valider l’émotion, cadrer le comportement : Connectez-vous à l’émotion sous-jacente (« Tu étais très en colère ») tout en posant la limite (« mais on ne jette pas les objets »).
  3. Guider vers la réparation concrète : Au lieu de punir, demandez « Comment peut-on réparer ça ensemble ? ». Pour un verre cassé, c’est nettoyer. Pour un mot blessant, c’est faire un dessin ou s’excuser. Pour une dispute, c’est trouver une solution pour jouer à tour de rôle.
  4. Faire une double réparation si vous avez crié : Si vous avez perdu votre calme, commencez par vous excuser. « Pardon, j’ai crié car j’étais stressé(e). Ce n’est pas de ta faute. Maintenant, voyons comment on arrange ça. » Cela modélise l’humilité et la responsabilité.
  5. Se concentrer sur l’apprentissage, pas la pénitence : L’objectif n’est pas que l’enfant « paie » pour sa faute, mais qu’il acquière une nouvelle compétence (gérer sa colère, communiquer son besoin, réparer une erreur).

Adopter la logique de réparation, c’est transformer un moment de conflit en une opportunité d’apprentissage social et émotionnel. C’est un investissement à long terme qui construit l’empathie et la confiance, bien plus efficacement que ne le fera jamais une punition subie dans la solitude.

Comment remplir le réservoir affectif de votre enfant en 10 minutes par jour ?

Souvent, les comportements difficiles d’un enfant ne sont pas des tentatives de nous exaspérer, mais des signaux d’alarme maladroits indiquant que son réservoir affectif est vide. Ce concept, popularisé par la psychologue Isabelle Filliozat, image notre besoin fondamental de nous sentir aimés, connectés et en sécurité. Quand le réservoir d’un enfant est plein, il est plus coopératif, plus résilient face à la frustration et plus apaisé. Le problème, pour des parents épuisés, est que l’idée de « passer du temps de qualité » peut ressembler à une montagne.

La bonne nouvelle est que remplir ce réservoir ne demande pas des heures, mais des moments de présence exclusive. Dix minutes de connexion authentique, où vous êtes 100% disponible (sans téléphone, sans penser à la liste de courses), ont plus d’impact qu’une heure de présence distraite. L’enjeu n’est pas d’ajouter une tâche à votre liste, mais d’intégrer des micro-rituels de connexion dans les interstices de votre journée. Ces moments nourrissent la sécrétion d’ocytocine, l’hormone de l’attachement, chez vous comme chez votre enfant, ce qui a un effet direct d’apaisement et de réduction du stress.

Voici quelques rituels « zéro charge mentale » pour une connexion rapide et efficace :

  • Le « check-in météo » des émotions : Sur le chemin de l’école, demandez à l’enfant « Quelle météo tu as dans ton cœur ce matin ? » (soleil, nuages, orage). Deux minutes pour nommer et valider.
  • La chanson du café : Pendant que le café coule le matin, écoutez ensemble une chanson choisie par l’enfant et dansez ou balancez-vous simplement. Trois à quatre minutes de joie partagée.
  • Le câlin chrono de 30 secondes : Avant de partir, programmez un minuteur pour un vrai câlin de 30 secondes, le temps nécessaire pour un effet hormonal. Un rituel qui ancre la sécurité.
  • Les 3 gratitudes du soir : Au coucher, chacun partage une chose positive de sa journée. Deux à trois minutes pour clore la journée sur une note apaisante.
  • Le temps de lecture sans téléphone : Cinq minutes de lecture partagée avec le téléphone laissé dans une autre pièce. Une bulle de présence exclusive qui vaut de l’or.

Ces petits gestes, répétés quotidiennement, agissent comme un entretien préventif. Ils maintiennent le niveau du réservoir affectif suffisamment haut pour que l’enfant (et vous-même) ayez plus de ressources pour faire face aux frustrations inévitables de la journée.

Crise en public : comment réagir sans céder ni humilier l’enfant devant tout le monde ?

La crise au supermarché est le cauchemar de nombreux parents. Ce n’est plus seulement la tempête émotionnelle de l’enfant qu’il faut gérer, mais aussi la pression du jugement social. Les regards des autres, les soupirs exaspérés, les conseils non sollicités… tout cela active notre propre système de stress et nous pousse à vouloir que la situation cesse, à tout prix. C’est là que nous risquons de tomber dans deux écueils : céder à la demande de l’enfant pour avoir la paix, ou le réprimander sèchement, voire l’humilier, pour montrer que nous « tenons » notre enfant.

Aucune de ces deux options n’est constructive. La clé, dans ces moments de haute tension, est d’adopter un protocole d’extraction bienveillante. L’objectif prioritaire n’est pas d’éduquer l’enfant sur-le-champ (son cerveau est de toute façon déconnecté), mais de sortir du « théâtre » public pour retrouver un espace où la connexion est à nouveau possible. Il s’agit d’agir avec une fermeté calme qui rassure l’enfant tout en vous protégeant du regard extérieur.

Voici le protocole en 3 étapes :

  1. Étape 1 – Valider à voix basse : Accroupissez-vous à hauteur de l’enfant et murmurez « Je vois que c’est très dur pour toi en ce moment ». Un simple contact verbal qui montre que vous êtes avec lui, pas contre lui. Évitez toute négociation.
  2. Étape 2 – Annoncer l’action calmement : D’une voix posée et grave, dites « On va aller au calme maintenant ». Ce n’est pas une question, mais une affirmation qui pose le cadre. Le ton est plus important que les mots.
  3. Étape 3 – Agir physiquement avec douceur et fermeté : Prenez l’enfant par la main ou dans vos bras et dirigez-vous vers un lieu plus neutre (la voiture, l’extérieur du magasin). La fermeté du mouvement combinée à la douceur du contact corporel envoie un message de sécurité.

Pour les parents qui appréhendent ces situations, il existe en France des structures précieuses. Les Lieux d’Accueil Enfants-Parents (LAEP) sont des espaces gratuits et anonymes où l’on peut venir jouer avec son enfant en présence de professionnels formés à l’écoute. Comme le précise la CAF, il existe plus de 1500 de ces structures en France. Elles sont des « terrains d’entraînement » parfaits pour s’exercer à gérer les émotions de son enfant dans un cadre sécurisant, loin du jugement social.

Bienveillance ne veut pas dire laxisme : comment dire non fermement et calmement ?

L’un des plus grands malentendus concernant la parentalité positive est de la confondre avec le laxisme. La crainte de « mal faire », de brimer l’enfant ou de ne pas être assez « bienveillant » pousse parfois les parents à ne plus oser dire non, créant une insécurité pour tout le monde. Or, un enfant a un besoin vital de sentir un cadre sécurisant. Les limites ne sont pas des murs pour l’emprisonner, mais des garde-fous pour le protéger et lui permettre d’explorer le monde en toute sécurité. La bienveillance n’est pas de dire oui à tout, mais de dire non avec respect.

Le défi, surtout quand on est fatigué, est de poser ce « non » sans basculer dans l’agressivité ou l’autoritarisme. Un « non » crié ou menaçant est aussi inefficace qu’une absence de limite. La clé réside dans la fermeté bienveillante : être inébranlable sur la règle, tout en étant empathique avec la frustration que cette règle engendre. Une technique efficace pour cela est celle du « Non sandwich« , qui permet de maintenir le cadre tout en validant l’émotion de l’enfant.

Voici comment la mettre en pratique :

  1. Premier « Non » – Énoncer le cadre clairement : « Non, on ne tape pas. » ou « Non, pas de bonbon maintenant. » La phrase est courte, la voix est posée et grave. Le message est sans ambiguïté.
  2. Le « Oui » – Valider l’émotion ou le besoin : C’est la partie « moelleuse » du sandwich. « Oui, je vois que tu es très en colère contre ton frère. » ou « Oui, je comprends que tu en aies très envie. » Vous montrez que vous entendez sa détresse, ce qui désamorce souvent la crise.
  3. Deuxième « Non » – Maintenir le cadre avec une alternative : Vous réaffirmez la limite tout en offrant une porte de sortie acceptable. « Taper est interdit. Tu peux taper sur ce coussin si tu es en colère. » ou « Le bonbon, c’est après le dîner, comme convenu. Pour l’instant, tu peux prendre une pomme. »
  4. Posture corporelle : Mettez-vous à la hauteur de l’enfant, maintenez un contact visuel doux et posez une main sur son épaule. Votre corps doit communiquer la sécurité, pas la menace.
  5. Prosodie : Utilisez une voix plus grave et un débit plus lent. Ces marqueurs sonores ont un impact neurologique puissant sur le jeune enfant, bien plus que les mots eux-mêmes.

Cette approche permet à l’enfant de se sentir compris dans son émotion, tout en intégrant la règle. Il apprend que ses désirs sont légitimes, mais que tous les comportements ne sont pas acceptables. C’est le fondement d’une sécurité intérieure solide.

L’erreur de nier la colère de l’enfant qui amplifie la crise

« Arrête ton cinéma », « Il n’y a pas de raison de pleurer pour ça », « Ce n’est rien du tout ». Ces phrases, souvent prononcées avec l’intention d’apaiser, produisent l’effet inverse : elles jettent de l’huile sur le feu. En niant ou en minimisant l’émotion de l’enfant, nous lui envoyons un message dévastateur : « Ce que tu ressens n’est pas légitime, c’est faux ou c’est mal ». L’enfant se sent alors non seulement frustré, mais aussi incompris et seul, ce qui intensifie sa détresse et prolonge la crise. C’est l’une des erreurs les plus courantes qui transforment une petite vague émotionnelle en tsunami.

Il est crucial de comprendre la nuance entre valider l’émotion et approuver le comportement. Valider, c’est reconnaître la réalité de ce que l’enfant ressent, sans jugement. Approuver, c’est donner son accord au comportement qui en découle. Vous pouvez (et devez) valider la colère de votre enfant (« Je vois que tu es furieux »), tout en posant une limite très claire sur le comportement (« mais taper ton frère est interdit »). La validation est la première étape indispensable pour aider le cerveau de l’enfant à s’apaiser et à se reconnecter à sa partie logique. C’est ce qui lui permet d’apprendre, à terme, l’intelligence émotionnelle.

Le tableau suivant, basé sur les principes de l’éducation neuro-affective, illustre cette différence fondamentale et son impact sur le cerveau de l’enfant.

Validation vs Approbation : comprendre la nuance cruciale
Situation Phrase de VALIDATION (à privilégier) Phrase d’APPROBATION (à éviter) Impact neurologique
L’enfant tape son frère ‘Je comprends que tu sois en colère contre ton frère’ (validation de l’émotion) ‘C’est bien de montrer ta colère’ ou ‘Il t’a énervé, c’est normal’ (approbation du comportement) La validation active le cortex préfrontal et apaise l’amygdale. L’approbation renforce le comportement agressif.
L’enfant pleure car il veut un jouet ‘Tu es très triste de ne pas avoir ce jouet maintenant’ (validation) ‘Arrête ton cinéma’ ou ‘Il n’y a pas de raison de pleurer’ (négation) La validation permet la régulation émotionnelle. La négation génère du stress supplémentaire et de la honte.
L’enfant crie de frustration ‘Je vois que c’est très frustrant pour toi’ (validation) ‘Tu exagères’ ou ‘Ce n’est rien du tout’ (minimisation) La validation enseigne l’intelligence émotionnelle. La minimisation déconnecte l’enfant de ses émotions.
L’enfant refuse de partager ‘C’est difficile de partager ton jouet préféré’ (validation) ‘Sois gentil, partage’ (injonction morale) La validation respecte le développement (le partage est difficile avant 4-5 ans). L’injonction crée de la culpabilité sans apprentissage.

Comme le montrent les approches basées sur les neurosciences, accueillir l’émotion sans la juger est la seule voie pour permettre à l’enfant de développer sa capacité à les gérer. Nier une émotion, c’est comme essayer de maintenir un ballon sous l’eau : il finit toujours par ressortir, avec beaucoup plus de force.

Épuisement maternel : est-ce un burn-out parental ou une pathologie psychiatrique ?

Avant même de pouvoir accompagner notre enfant, il est vital de s’auto-diagnostiquer avec honnêteté. La fatigue parentale est une réalité, mais tous les épuisements ne se valent pas et ne requièrent pas la même réponse. Le burn-out parental, longtemps tabou, est aujourd’hui reconnu comme un syndrome d’épuisement spécifique, distinct de la simple fatigue ou de la dépression. Il touche de nombreux parents en France, une étude IFOP de 2022 révélant que 34% des mères françaises se sentent concernées. Il se caractérise par un trio de symptômes : un épuisement émotionnel et physique intense, une distanciation affective avec son enfant (on agit comme un robot), et une perte du sentiment d’efficacité et de plaisir dans son rôle de parent.

Il est crucial de ne pas le confondre avec une fatigue passagère, qui s’améliore avec du repos, ni avec une dépression post-partum, qui est une maladie psychiatrique nécessitant un traitement médical spécifique. La dépression implique une tristesse profonde et une perte de plaisir dans toutes les sphères de la vie, pas seulement la sphère parentale. Reconnaître où l’on se situe est le premier pas pour chercher l’aide adéquate. Le médecin généraliste est la meilleure porte d’entrée : il pourra poser un diagnostic, orienter vers un psychologue (via le dispositif MonPsy ou en libéral) et, si nécessaire, prescrire un arrêt de travail pour sortir de la zone rouge.

Faire la distinction entre ces différents états est essentiel pour déculpabiliser et agir. Voici un tableau pour vous aider à y voir plus clair, inspiré des ressources d’accompagnement parental.

Distinguer épuisement passager, burn-out parental et dépression post-partum
Critère Épuisement parental passager Burn-out parental Dépression post-partum
Durée Quelques jours à quelques semaines Plusieurs mois, état chronique Débute dans les semaines suivant l’accouchement, peut durer plusieurs mois
Symptômes clés Fatigue intense, irritabilité temporaire, besoin de repos Épuisement émotionnel et physique, distanciation affective avec l’enfant, perte d’efficacité parentale Tristesse profonde, anhédonie (incapacité à ressentir du plaisir), anxiété intense, parfois idées noires
Récupération Amélioration rapide avec repos et soutien Nécessite accompagnement professionnel prolongé (psychothérapie, médecin) Traitement médical nécessaire (psychothérapie + parfois antidépresseurs)
Qui contacter Entourage, LAEP, associations de parents Médecin généraliste (porte d’entrée), psychologue (MonPsy ou libéral), PMI pour soutien de proximité Médecin généraliste ou psychiatre en urgence, PMI, numéros verts (Maman Blues)
Signes d’alerte Fatigue qui s’améliore avec le repos Évitement de l’enfant, exécution robotique des tâches, culpabilité intense, plus aucun plaisir parental Incapacité à s’occuper du bébé, pleurs incontrôlables, pensées de nuire à soi ou au bébé

Reconnaître les signes du burn-out n’est pas un aveu d’échec, mais un acte de courage et de lucidité. C’est la condition sine qua non pour pouvoir mettre en place des stratégies de survie, puis de reconstruction, comme le suggère une analyse des mécanismes du burn-out parental. Prendre soin de soi n’est pas égoïste, c’est une condition indispensable pour pouvoir prendre soin de son enfant.

À retenir

  • Le cerveau de votre enfant est immature : ses crises ne sont pas des caprices mais des tempêtes émotionnelles qu’il ne peut gérer seul.
  • La co-régulation inversée est la clé : calmez votre propre système nerveux avant d’intervenir pour apaiser votre enfant.
  • Bienveillance ne signifie pas laxisme. Valider l’émotion de l’enfant tout en posant un cadre ferme est la base d’une éducation respectueuse et efficace.

Comment calmer une tempête émotionnelle en 2 minutes grâce à l’écoute active ?

Nous arrivons au cœur de la stratégie de la parentalité positive pragmatique : la co-régulation inversée. L’idée est simple mais contre-intuitive : pour calmer votre enfant, commencez par vous calmer vous-même. Face à une crise, votre propre amygdale (le centre de la peur et du stress dans votre cerveau) s’active. Tenter d’apaiser votre enfant dans cet état est voué à l’échec. Grâce aux neurones miroirs, votre stress se transmet au sien, et inversement, créant un cercle vicieux. La première étape est donc de court-circuiter votre propre réaction de stress.

Une technique puissante et rapide est la technique 5-4-3-2-1. Avant même de vous adresser à votre enfant, prenez 20 secondes pour vous ancrer dans le présent. Nommez mentalement : 5 choses que vous voyez, 4 choses que vous pouvez toucher, 3 sons que vous entendez, 2 odeurs que vous sentez, et 1 chose que vous pouvez goûter. Cet exercice sensoriel force votre cerveau à quitter le mode « panique » pour revenir au mode « observation », désactivant ainsi votre propre alarme interne. C’est seulement après ce micro-reset que vous pouvez passer à l’écoute active pour votre enfant.

L’écoute active, quand on est épuisé, ne doit pas être un effort cognitif. Elle peut être minimaliste :

  • Les onomatopées : Des « Mmmh », « Ah oui ? », « Oh… » montrent votre présence sans analyse.
  • Le reflet d’un seul mot : L’enfant hurle « Je suis en colère ! », vous répétez doucement « Colère… ». Cela suffit à valider.
  • La question ouverte simple : Un simple « Et alors ? » ou « Raconte-moi. » peut inviter l’enfant à verbaliser, ce qui est le début de la régulation.

Des analyses sur les dynamiques familiales mettent en lumière des réflexes culturels qui vont à l’encontre de cette écoute. Remplacer ces automatismes par des alternatives conscientes change radicalement l’issue d’une crise.

Réflexes culturels français typiques vs alternatives d’écoute active
Réflexe culturel français typique Alternative d’écoute active Impact neurologique sur l’enfant
‘Arrête ton cinéma’ ‘Je vois que c’est très difficile pour toi’ Réflexe : Active la honte et le cortisol (stress toxique), déconnexion émotionnelle. Alternative : Apaise l’amygdale, active le cortex préfrontal, connexion.
‘Il n’y a pas de raison de pleurer’ ‘Tu as beaucoup de chagrin’ (simple constat) Réflexe : Nie la réalité émotionnelle, génère confusion et insécurité. Alternative : Valide l’émotion, permet la régulation naturelle.
‘Tu exagères toujours’ ‘C’est vraiment intense ce que tu ressens’ Réflexe : Jugement qui bloque l’expression, favorise répression. Alternative : Reconnaissance qui libère l’expression, favorise intelligence émotionnelle.
‘Calme-toi !’ (sur un ton énervé) Silence empathique + posture calme à hauteur d’enfant Réflexe : Injonction paradoxale, neurones miroirs amplifient le stress. Alternative : Neurones miroirs transmettent le calme, co-régulation efficace.
‘Si tu continues, tu vas au coin’ ‘Je reste avec toi pendant que c’est difficile’ Réflexe : Menace d’abandon, activation système d’alarme (stress). Alternative : Sécurité de présence, permet apaisement progressif.

Pour mettre en pratique ces stratégies et obtenir un soutien adapté à votre situation, le premier pas est de consulter votre médecin généraliste ou de vous rapprocher d’une structure de soutien parental comme un LAEP ou une PMI.

Rédigé par Thomas Bernard, Thomas Bernard est Psychomotricien Diplômé d'État et titulaire d'un Master en Psychologie du développement. Exerçant depuis 14 ans en CAMSP et en libéral, il est spécialiste de la motricité libre, du développement sensoriel et de la gestion des émotions (crises, opposition). Il forme les professionnels de la petite enfance aux neurosciences affectives.